Juil 252017
 

 

Y a-t-il une “doctrine Macron” ? CHRISTIAN MAKARIAN  extrait de L‘ EXPRESS  21 / 07

Au rythme soutenu, parfois même difficile à suivre, Emmanuel Macron trace son chemin international à travers les embûches. En trois jours, du 13 au 16 juillet, il aura

1) présidé un Conseil des ministres franco-allemand important,

2) reçu en grande pompe Donald Trump aux Invalides, puis à l’Elysée,

 3) passé un savon – très peu apprécié et très inapproprié ! – aux militaires qui se sont plaints des réductions budgétaires,

4) dîné à quatre à la tour Eiffel pour gaver les médias,

5) assisté, le lendemain, au défilé du 14 juillet au côté du président américain,

6) pris, dans la foulée, l’avion pour Nice pour rendre hommage aux victimes de l’horrible attentat terroriste de 2016,

7) rencontré Benyamin Netanyahu, le surlendemain, pour la commémoration de la rafle du Vél’d’Hiv, il y a 75 ans,

8) entamé une discussion de fond avec ce dernier sur le dossier brûlant du Proche-Orient. Le tout sans trébucher une seule fois; qui d’autre l’a fait?

La performance ne doit pas cacher les deux conditions qui la rendent possible. D’une part, Emmanuel Macron a observé l’alignement des planètes qui s’offrait à lui avec la conviction que « l’Histoire ne repasse pas les plats », d’autre part, il a choisi de fonder sa politique étrangère sur la main tendue tous azimuts. Le premier point relève du facteur énergétique propre d’un président qui perçoit remarquablement les fenêtres de tir ; nul doute que ce trait de caractère, dont la France avait quelque part grand besoin, nous ménage encore de nombreuses surprises.

Le second aspect, en revanche, est plus intrigant. Avec un pragmatisme frappant, le chef de l’Etat transforme les difficultés en opportunités ; il veut se défaire de ce qui ne marche pas pour le remplacer par ce qui est susceptible d’avancer. Le tout sans théorie globale des relations internationales. Il est certes exigeant, mais il semble moins préoccupé par les positions de principe que par le principe du positionnement : pour la France, ce qui compte, c’est de compter. Sauf que cela ne change pas le plomb en or ; on ne perçoit toujours pas de vision ni de grand dessein, pas davantage de ligne de force malgré une cascade d’habiletés.

L’exemple le plus frappant est fourni par la relation franco-américaine. En devenant le principal allié de l’Amérique, ce que souligne l’implication de la France au premier rang de la coalition contre l’organisation Etat islamique, Paris a su tisser un lien avec Washington qu’Emmanuel Macron a prestement transformé en « relation spéciale ». C’est une clarification saine et fort bien menée; mais elle suppose des contreparties visibles, sans quoi la France risque de passer pour un simple exécutant fraternel. Sur l’accord de Paris sur le climat, Macron s’est fixé pour objectif de faire changer Trump d’avis ; à suivre… Sur la Syrie, une ligne commune a été définie entre les deux hommes quant aux rétorsions auxquelles s’exposerait Damas en cas d’un nouveau recours aux armes chimiques; à vérifier… Sur l’assèche – ment de l’organisation Etat islamique, dont Trump a fait une priorité en poussant les pays du Golfe à imposer un blocus au

Qatar, la France est priée d’emboîter le pas des Américains ; à confirmer… Mais, dans le même temps, le président français a souhaité un rapprochement actif avec la Russie, malgré le différend sur l’Ukraine, pour combattre plus efficacement Daech; à démontrer…

La sincérité du président n’est pas en cause; ce sont l’épaisseur et la profondeur de son projet qui posent question. Il n’y a pas de « centre » en matière de relations internationales. C’est pourquoi le non-concept de ligne « gaullo-mitterrandienne » – outre le mépris que de Gaulle avait pour Mitterrand et le fait que le second ait bâti toute sa carrière contre le premier – laisse pour l’heure un étrange sentiment d’incomplétude.

 

Sa sincérité n’est pas en cause, mais l’épaisseur et la profondeur de son projet posent question .

 

CHRISTIAN MAKARIAN   L‘EXPRESS du 21 07