Oct 032017
 

CONFUCIUS

Voilà  7 mois que le  gouvernement autonome la  « generalitad » de Catalogne avait décidé  avec sa minorité politique indépendantiste un référendum populaire d’autodétermination  le  Dimanche 1er Octobre 2017.

LA  CATALOGNE

La Catalogne présente une véritable spécificité, une langue propre, une littérature, une tradition politique médiévale, un droit ancien, un nouvel  Art prolixe original du début du XXème siècle, une richesse économique représentant 20% du PIB de l’Espagne, l’une des régions les plus riches  affichant une croissance de 3.7% et un taux de chômage de 13.2% face à un niveau national évalué à 17%, une tradition de résistance aux régimes contraignants (Napoléon, les Bourbons) et de lutte et sentiments d’oppression lors du franquisme…

Administrativement et politiquement la Catalogne présente un statut d’autonomie adopté en 1979 avec de nombreuses concessions faites par les partis nationaux  (PS)  au gré des élections de 1999 2003 2006 2010  pour obtenir le pouvoir et les alliances des partis régionaux.

Le statut initial de 1979 définissait la Catalogne comme « une nationalité » dont le Catalan reconnu comme langue propre et langue officielle avec l’Espagnol. Le statut délimitait les compétences exercées par l’Etat espagnol. Le parlement catalan est chargé de gouverner la Catalogne ;

Au fur et à mesure des élections nationales des révisons généreuses ont été accordées surtout par la gauche espagnole pour se rallier des votes en leur faveur.

La population vivant en Catalogne

Il y a 7.5millions de personnes en Catalogne SOIT 16% de la population espagnole dont 1.6 à Barcelone ;

Au xx l’exode rural a modifié la structure de la population  avec de grandes vagues migratoires de main d’œuvre dans les années 1930 en provenance d’Andalousie puis après les années 50 d’un peu partout en Espagne. Ce qui fait dire à l’historienne Gracia  Dorel que presque tout le monde a en Catalogne un grand parent venu d’ailleurs corroboré par le fait que les 3 noms de famille les plus familiers sont ; Gracia, Martinez et Lopez…La population reste donc intimement liée à l’Espagne.

La situation économique de la Catalogne. 

Avec un PIB de 222 milliards €  elle génère 30% des exportations espagnoles. Le tourisme de la Costa brava et dorada ont un attrait non négligeable. Les investissements ne marquent pas d’essoufflement (Nestlé, VW …)

Ces bons résultats s économiques galvanisent les partisans de l’indépendance et la ponction de 20% au profit de l’Etat espagnol  leur semble injuste, refusant une solidarité pour une Espagne disparate.

Le problème dont ne parlent pas les indépendantistes est la dette colossale de la Catalogne qui a reçu  67 milliards d’euros depuis  2012 en ligne de crédit de Madrid qui doit encore prêter 3.7 milliards d’euros d’ici la fin de l’année. Sa dette représente 35.2% du PIB .Cette  dette l’empêche de se financer directement sur les marchés.

Si une partie du patronat a fait le choix d’une Catalogne indépendante un certains nombre de grandes compagnies se délocalisent déjà à Madrid.

Le catalyseur de la crise.

C’est en 2006 après un accord entre le chef du gouvernement  Socialiste Zapatero et Artur Mas chef de l’opposition catalane qu’un accord définit la Catalogne comme « NATION « accompagné de nombreux transferts de compétence de l’Etat à l’autonomie .Cet accord fut adopté par le Sénat espagnol et appuyé nationalement par le PSOE (PS) le bloc galicien, canarien et basque.                                            Un référendum  a tranché pour l’acceptation de ce nouveau statut abolissant l’ancien et que la droite nationaliste espagnole (PP)  par le biais du conseil constitutionnel  a contesté pendant 4 ans.

A l’issue des 4 ans le 28 Juin 2010 le tribunal constitutionnel  espagnol  annule 14 des articles du statut d’autonomie de 2006 sur un total de 223 à l’initiative du Parti populaire de droite. La langue catalane n’est pas reconnue comme langue administrative publique et préférentielle  mais  le concept « de nation catalane » a une valeur historique et culturelle. Les programmes d’éducation sont aux mains de l’autonomie qui apprend ainsi aux jeunes catalans qu’ils ne sont pas espagnols  expliquant  la présence nombreuse de jeunes en faveur de l’indépendance…

Les positions juridiques

Suite à un vote du parlement catalan le 6 Septembre 2016  se prononçant sur le droit à l’autodétermination, les  droits parlementaires des Députés de l’opposition à ce projet n’ont pas été respectés  et les avis des services juridiques de ce même parlement  catalan ignorés. De plus il n’est prévu aucune majorité qualifiée pour déclarer l’indépendance ce qui a justifié que 52 députés quittent l’hémicycle catalan .Les 72 parlementaires qui on voté pour la tenue de ce référendum représentent moins de 50% des suffrages exprimés.

Référendum dont les résultats entrainaient de facto la déclaration d’indépendance de la Catalogne.

Au sein de la constitution espagnole le dernier statut d’autonomie de la Catalogne a été voté en toute légalité par les Catalans en 2006.

De surcroit la décision de ce référendum va  à l’encontre de la constitution espagnole votée en 1978 par référendum par  90.5% des catalans et élaborée par 7 juristes dont 2 catalans. Cette constitution espagnole définit un Etat social, démocratique de droit décentralisé, garantissant  l’autonomie des régions et des nationalités historiques. La souveraineté appartient au peuple espagnol.

Toute droit à l’autodétermination consisterait à choisir quels sont les membres de la communauté que l on désire garder comme citoyens et lesquels deviendraient des étrangers dans leur propre pays entrainant une fragmentation de la nation.

En Europe l’article 4.2 du traité sur l’union européenne définit clairement le respect de l intégrité territoriale des Etats membres  dont la sécurité nationale est reconnue comme une de leurs fonctions essentielles.

Plus encore la jurisprudence internationale établit que le droit à l’autodétermination ne peut s’appliquer que dans des contextes de domination coloniale, de peuples opprimés, ou victime d un génocide ou violation répétées de leur droit.

C’est ainsi que le montage d’un tel référendum violerait  4 systèmes juridiques, le catalan, l’espagnol, l’européen et  l’international !

Ce référendum  qui s’avérait illégal aux yeux du droit espagnol et international  n’avait donc aucune portée sauf aux yeux des indépendantistes.

Ce référendum aux yeux des espagnols non catalans est vécu comme un dictat, une arrogance  voir une tyrannie  de Barcelone de décider de l’avenir de l’Espagne sans eux.

C’est d’ailleurs sur une décision d’un Juge  et non du pouvoir central que la procédure « d’empêchement «  du référendum a été initiée.

 

LA VISION DES INDEPENDANTISTES CATALANS

Une frustration d’ordre historique

L’Espagne  n’a connu une véritable union que lors de  l’invasion des Wisigoths au IV V et VI Siècle avant l’invasion mauresque. La reconquista bien que sous la houlette du Roi Ferdinand d’Aragon et Isabelle de Castille  a vécu les concurrences des particularismes régionaux de Galice, d’Aragon et Catalogne, de la Castille…

Des épisodes hostiles aux Catalans au XVII siècle à la succession de Charles II stérile ayant choisi les Bourbons aux dépens des Habsbourg plus tolérants face aux particularismes identitaires ont cimenté les rancœurs historiques. C’est ainsi que le jour de la chute de Barcelone le 11 Septembre 1714 est devenu le jour de « la nation catalane », la diada .Plus récemment au XX au sein de la 2ème République de 1931 à 1939 une tentative d’émancipation des Catalans de gauche  avec un statut fédéral en 1934 fut très rapidement abolie.

C’est la puissance des Associations catalanes issues de  la société civile comme l’ANC (Assemblée nationale catalane) et Omnium Cultural qui œuvrent pour la promotion de la langue et culture catalane et l’identité nationale de la Catalogne  qui exercent une véritable influence sur la société catalane et ont la capacité de rassembler 1 million de personnes à Barcelone. On parlerait en France de puissnats lobbys…

Ces associations très riches se sont forgé  des relais au sein des partis politiques.

Les griefs catalans : on entend dans les slogans « Madrid  fascisme », » Rajoy = Franco », » lois espagnoles liberticides » .Ce sont des critiques du nationalisme d’Etat  dans lequel l’Etat se comporterait comme « un seigneur féodal »  bridant les libertés catalanes. Certains catalans se sentent comme des habitants d’une sous province comme une colonie africaine…

Jusqu’à preuves du contraire la Catalogne jouit des mêmes droits de liberté que les autres autonomies espagnoles !

Mais le grief le plus consistant est d’ordre économique, la Catalogne estimant que la redevance de 20% de son PIB à l’Etat Espagnol est un vol au vue de la politique générale exercée  par la droite.

Tous les habitants de Catalogne sont ils pour l’indépendance ?

A en croire les sondages  seul 44 % de la population serait en faveur de l’indépendance.

 

PROTAGONISTES  POLITIQUES EN PRESENCE

Le parlement catalan en 2015 derniere  législature se présente avec 6 coalitions politiques.

Ensemble pour le OUI/Ciudadamos  (centre droit) /Parti des socialistes de Catalogne (PSC) / Catalogne OUI c’est possible /Parti populaire (PP) de droite et au pouvoir en Espagne/Candidature d’unité populaire (  CUP) parti anti capitaliste : soit 135 Députés. Tous ces partis ont élu le Président actuel Carles Puigdemont issu de la droite mais indépendantiste affirmé et ancien maire de Gérone.

C’est le Mercredi 6 Septembre 2017 après une session parlementaire confuse qu’une majorité composée des groupes « ensemble pour le OUI et le CUP »  font approuver la loi sur la Tenue d’un référendum sur l’indépendance de Catalogne le 1er Octobre 2017.Le lendemain dans un coup de force est proposé une loi de transition prévoyant l’indépendance.

Le 12 Septembre le tribunal constitutionnel  suspend la loi de transition catalane.

Les représentants des formations nationales.

Au sein du parlement espagnol à Madrid « les cortes » coexistent  350  Députés 4 grands partis : Parti populaire (126 sièges droite au pouvoir)/PSOE (42 sièges gauche) / Ciudadamos (10 sièges centre droit)/ Unidos  Podemos (16 sièges extrême  gauche), /basque (5 sièges)/ Démocratie et liberté (2 sièges)

 

 LES INTERETS POLITIQUES ET JEUX DE BILLARD.

Le jeu des indépendantistes

Régionalement nous avons assisté à un pacte de 3 formations aux idéaux indépendantistes mais aux sensibilités politiques divergentes voir incompatibles s’accordant sue les fait que les catalans doivent  défendre  l’idée que le refus d’un référendum par Madrid  légitime toutes les actions favorables à la sécession.

  • Une droite nationaliste  libérale sur le plan économique et conservatrice sur le plan des valeurs : parti démocrate catalan « pdcat »
  • Un parti de centre gauche nostalgique de la République  catalalane avortée de 1934 « ERC »
  • Un mouvement séparatiste europhobe et anticapitaliste : CUP

Ce trio concentre  71 députés régionaux sur 135 et avaient remporté en 2015,  47.7% des voix au parlement.

L’unique ciment  de ces 3 partis est la haine vouée à l’Espagne surfant encore sur les souvenirs de braise du franquisme et dont la seule mobilisation du peuple  catalan  dans la rue est sous la coupe des fameuses associations citées plus haut (ANC, Omnium cultural).

Le Président de la Generalitad  Carles Puigdemont  a réussi à réaliser la coordination ce cet attelage incertain.

En effet le parti économique de droite « pdcat » est pour une indépendance par la négociation avec le gouvernement Espagnol dans une vision institutionnelle.

Le parti anticapitaliste CUP  ayant agressé de nombreux touristes cet été est pour une rupture automatique et définitive avec l’Etat espagnol…

Quand au parti socialiste catalan « ERC » il est en désaccord avec le parti socialiste espagnol PSOE qui lui refuse l’indépendance.

Les Catalans partisans  de l’indépendance se sont ils posés les questions politiques d’avenir ? Ce sont ils posé la question de leur intégration à l’Europe ?

Le jeu des partis nationaux

Le parti  PP de droite au pouvoir  n’a engagé un bras de fer avec les indépendantistes que sur le plan constitutionnel et juridique jusqu’ à faire intervenir maladroitement et brutalement les forces de l’ordre nationales (guardia civil et police) pour empêcher le référendum.

Le parti socialiste espagnol PSOE quoique anti indépendantiste car défendant la constitution espagnole  joue sa carte électorale pour remonter dans les sondages en attaquent le pouvoir de droite sur sa brutalité et absence de dialogue et espérer une bascule d’alliance aux prochaines législatives…

Le parti podemos (=Mélanchon) en légère baisse dans les sondages, anti indépendantiste,  souhaite une alliance avec le PSOE pour le phagocyter et s’ouvrir les voies du pouvoir.

Les  Catalans anti indépendantistes majoritaires ?

Il règne depuis plusieurs mois comme une atmosphère délétère  en Catalogne. Il n’est pas possible d’aborder le thème de l’anti indépendantisme sans subir insultes et pressions. Une forme de terrorisme intellectuel règne dans toutes les villes et villages catalans ; Parmi les opposés à cet indépendantisme on y côtoie toutes les opinions, certains  se sentent et catalans et espagnols, d’autres restent fidèles à leurs racines andalouses ou galiciennes, d’autres ont la peur d’une dégradation économique.

Comme aux pires moments de la guerre civile espagnole en 1936 des familles se déchirent sur ce thème.

Quoiqu’il en soit ces personnes ne voteront pas, ce qui entache d’emblée la valeur des résultats électoraux mais pas aux yeux des séparatistes qui dans leur règle du jeu du référendum n’ont exigé aucun chorum.Le silence est la position la plus confortable pour cette majorité silencieuse.

LES  REFLEXION DE R.O.C.

Les Catalans engagés dans le processus d’indépendance le sont plus sous le coup de l’émotion , de la haine de l’Espagne , du rejet de la droite gouvernementale espagnole dans une région qui a toujours été à gauche ,pour les raisons économiques  que dans la raison et les règles démocratiques dont ils se prévalent..

Les grands responsables de ce gâchis sont ;

  • le Président de la généralitad Puigdemont et la présidente de l’assemblée régionale qui par leur jusqu’au boutisme en dehors des règles constitutionnelles ont joué sur les mensonges, les peurs et le nationalisme catalan  virant au populisme.
  • Le Président du gouvernement espagnol Rajoy qui n’a jamais entamé un dialogue avec des propositions  pour  une véritable nouvelle constitution espagnole proposant un fédéralisme à l’allemande. Ce Président qui aurait du faire appel aux instances européennes qui par la non automaticité d’adhésion des catalans à l’Europe aurait calmé les ardeurs de certains séparatistes !
  • L’Europe qui a fait la sourde d’oreille en invoquant que la crise était du ressort du pays concerné, abandonnant lachement l’Etat Espagnol tout en se gardant de condamner les violences policières du gouvernement !

Car si Madrid a gagné constitutionnelement en rendant impossible le référendum il  a perdu médiatiquement et dans l’opinion par la diffusion des images  de violences policières.

Les 2 protagonistes sont demeurés dans leurs passions, leurs orgueils, leurs hystéries.

LES CONSEQUECES POSSIBLES POUR NOUS EUROPEENS

Il ne nous appartient pas en tant que Français d’aller au-delà d’une certaine compréhension des sentiments exacerbés des uns et des autres mais les conséquences de l’indépendantisme catalan peuvent  signer le début de la fin de l’Europe.

En effet si le processus de l’indépendance catalane se poursuivait selon la loi dite de transition juridique votée en Septembre 2016  il s’ensuivrait inévitablement  par mimétisme et calculs politiciens une cascade de revendications indépendantistes, les Basques en premier lieu, suivi des autonomies de Valence et de Galice.

Le Président Puigdemont a déclaré  face au silence de l’Europe «les circonstances recommandent une médiation mais je n’ai aucun indice qui me permette de dire sue l’union européenne  puisse incarner cette médiation ». 

CHOIX DES INSTANCES EUROPEENNES

L’Europe se doit de défendre l’intégrité de ses Etats membres dont fait parti l’Espagne. Et selon les différentes opinions et articles du code européen il se pourrait que la Catalogne soit obligée de demander son adhésion à l’Europe, adhésion asujettie  à l’accord unanime des Etats votants !

Le cas du Kosovo s’étant séparé de la Serbie unilatéralement depuis 7 ans se pose encore par le refus de plusieurs états à son adhésion.

D’autres plus pragmatiques en raison du  poids économique de la Catalogne et de ses lobbys même s’il représente que 1.7% du PIB Européen pensent pouvoir négocier son entrée.

Mais en aucun cas cette entrée dans l’Europe ne pourrait se faire automatiquement .Les acteurs catalans de l’indépendance ont assuré l’inverse à la population.

Dans un contexte d’une Europe fragilisée par les émancipations des nationalismes et populismes (Angleterre  Ecosse, Italie du Nord, Corse ,Catalogne,…) la séparation de la Catalogne déstabiliserait une Europe déjà pléthorique en nombre d’adhérents, vouant cette Europe à des  marchandages et accords dignes de la IV République française rendant stérile cette noble institution qui n’a eu comme seul effet indiscutable d’éloigner le vocable « guerre » dans nos contrées depuis 60 ans.

Espérons que la raison prévaudra dans les meilleurs délais sur l’hystérie , les haines, les mensonges les obstinations…pour garantir une Europe de paix et de développement.

Confucius