Mai 152013
 

allemagne

 

A l’heure ou seulement 41% des Français feraient confiance à l’union européenne, à l’heure où 75 % des Français ne font plus confiance au chef de l’Etat Français sur le cap  économique à tenir, à l’heure où les Français commencent à affronter la crise  sa rigueur et ses conséquences (récession économique depuis 1984) (perte du pouvoir d’achat des Français de 0.9% en 1 an), le temps des ressentiments, de la victimisation refont leur apparition.

2 boucs émissaires sont en ligne de mire ; L’Europe et l’Allemagne. Le parti Socialiste a fustigé maladroitement l’Allemagne accusée d’égoïsme et responsable du blocage  d’une éventuelle croissance en refusant de repousser la politique budgétaire de rigueur et d’austérité et qui profiterait par des salaires soit disant bas d’une manne d’exportation venue on ne sait d’où !

Les fossés d’incompréhension entre les partenaires européens se creusent en temps de crise.

Jusqu’à présent les politiques et les peuples ne  se sont soucié  de construire une Europe politique, bien trop intéressés à se nombriliser  sur leurs politiques Nationales souvent suicidaires sans concertation de ses voisins. Nous profitons de tous des avantages d’une monnaie unique perçue exclusivement comme un seul outil.

Nous vivons prisonniers de nos souverainetés nationales dans l’indifférence les uns des autres sans aucune connaissance des  particularismes, des  cultures des histoires, de nos différences, de nos points d’inflexion.

La construction européenne n’est perçue que comme un désenchantement par les Européens du Sud en pleine déprime avec une perte de confiance sans voir que la cause de leur crise se situe en eux et non au dehors.

Les Européens du Nord au contraire moins touchés par la crise financière et économique par les réformes engagées il y a plus de 10 ans perçoivent l’Europe comme une planche de salut pour  la première zone économique du monde.

La France est pointée par tous les organismes internationaux  «  l’homme malade  de l’Europe » car n’ayant pas encore engagé es réforme de structure de l’Etat.

Désormais le sursis accordé de 2 ans par la commission européenne pour réduire notre dette étatique est assujetti à un programme dicté par l’Europe et non plus du bon vouloir de Monsieur Hollande.

Nous l’avons dit les tentatives tous azimuts d’abandon de la politique de rigueur et de remboursement de la dette font rage de toute part.

Il est grand temps avant de poursuivre les stigmatisations de l’Allemagne de mieux connaitre celle-ci de comprendre ses schémas culturels, ses réflexes économiques, d’y spécifier nos différences mais aussi nos convergences.

ROC a parcouru un des meilleurs livres disponible sur le marché « Made in Germany, le modèle allemand au-delà des mythes » de Guillaume Duval expliquant lumineusement le parcours et la situation économique de l’Allemagne par l’histoire, la démographie, les faits sociétaux et se propose de vous en résumer les principaux passages. Quelles sont les véritables clés structurelles et conjoncturelles du sucés de l’Allemagne ? Quels sont les impacts réels des réformes de G. Schroeder ? 

Pour confirmer l’analyse pertinente du livre de Guillaume Duval nous vous proposons de lire page 15 l’article du quotidien le Monde du Mercredi  16 Mai 2013, rubrique grand angle sur « austérité, croissance ; le fossé franco-allemand » Débat entre J. Stark ancien économiste en chef de la Banque centrale européenne et A. Montebourg Ministre du redressement productif en France.

MADE IN GERMANY. Guillaume Duval  Edition du seuil

Selon les époques l’Allemagne a été prise comme modèle ou anti modèle.

A   LA STRUCTURE DU PAYS.

Tandis que la France s’est organisée pendant plus de 600 ans dans la centralisation autour de Paris, l’Allemagne s’est constituée dans une décentralisation de l’organisation des pouvoirs avec la persistance de nombreux patois en leur sein sans soulever de problème :

  L’unité allemande récente : Vécue comme une revanche elle date du 18 Janvier 1871 après la victoire de Guillaume Ier de Prusse lors de la Guerre franco-prussienne contre Napoléon III. Mais le processus de rassemblement des populations germanophones d’Europe avait commencé depuis le début du siècle. Otto Von Bismarck, le ministre-président de Prusse avait un plan défini pour étendre la Confédération de l’Allemagne du Nord de 1866 aux derniers États allemands au sein d’une unique entité. L’Allemagne a cultivé un sentiment ambivalent vis-à-vis de la France, admiration des Lumières et haine par les ravages Napoléoniens. En 1834 les Etats allemands ont formé une union douanière et fiscale visant à unifier le marché intérieur.

Après la défaite de 1918 la France a exigé des réparations colossales de l’Allemagne aggravée par la crise de 1929 ayant entrainé par prise de pouvoir de Hitler en 1933.

En 1945 elle est amputée de la Prusse orientale et coupée en 2 .Les alliés refuse la constitution d’un Etat allemand fort  qui se recroqueville sue ses 10 länder aux autonomies économiques et culturelles  certaines mais contrôlées par le Sénat allemand.

En 1989 à la chute du mur de Berlin la réunification allemande compte 16 länder et une capitale tournée vers l’Est protestante.

2   Les populations : Densité de la France        114 hbts /²     41 villes de + de 100 000hbts

                                               Densité de l’Allemagne   231 hbts/m²   80 villes «  « « « « « « « « 

                                               Densité britannique         255 hbts/m²   

3   Les Universités : 75 Universités dont la majorité crées dans les années 1980-1990

                                  103 Universités remontent au Moyen Age répartie dans les villes des länder. 

4    Déséquilibre territoriaux : La répartition de la production de richesse : Aux vues de éléments précédents les différences de  PIB des länder /länder de Brandebourg (Berlin) ne dépasse pas 1,8.

                                                                              Le PIB de l’île de France est plus de 2 fois élevé que celui des autres régions malgré 40 ans de décentralisation. 

5   Dépenses publiques : différentiel de 11 points de PIB avec L’Allemagne, dépenses de redistribution sociale et entretien des infrastructures beaucoup plus élevées dans nos régions. 

6    Densité de capital financier et culturel mieux réparti dans les länder, pas de régions isolées comme en France.

 

B   L’ALLEMAGNE PAYS D’EMIGRATION EXPLIQUE T IL LEUR PERFORMANCE A L’EXPORTATION ?

Si la France est demeuré jusqu’ en 1850 le Pays le plus peuplé de l’Europe c’est l’industrialisation française qui a fait basculer sa démographie au profit de l’Allemagne. Mais depuis plus de 30 ans le rapport s’est inversé.

1   Les  Français n’ont que peu émigré dans leur colonie (Canada, Afrique, Asie) alors qu’Italiens, Espagnols, Anglais a beaucoup migré au 18,19 et début du 20ème siècle.

Les Allemands vont migrer en masse vers 1800 aux USA (270 000 migrants pour 4 Millions hbts) ce qui fait dire que chaque Allemand a un oncle d’Amérique dans sa famille entretenant ainsi d’excellents rapports. Il en est de  même dans les Pays de l’Est (Roumanie, Russie, Pologne) ;

Ces implantations sont autant de diasporas facilitant l’implantation de produits allemands par des communautés allemandes installées… 

Par son vaste empire colonial constitué au 19ème siècle la France s’est toujours et encore de notre jour considéré comme un modèle de civilisation jugé comme un signe d’arrogance néfaste au négoce. L’arrivée en «  terrain conquis » d’industriels comptant sur l’Etat Français comme introduction diplomatique reste très vivace (dernier voyage en Chine de 48 H avec les chefs d’Entreprise). 

Modelés sur les marchands  dominants d’Europe du Nord au 19ème siècle (comme les Italiens)  avec plus de détachement vis-à-vis de l’Etat allemand, une plus grande mobilité les industriels allemands s’implantent plus facilement à l’étranger signant leur hégémonie à l’exportation. 

2  Ces fortes traditions d’émigration, l’absence de colonies, ont orienté les Allemands vers un droit de la Nationalité « du droit du sang » (modifié en 2000 par le SPD de gauche) tandis que la France s’est orienté vers le droit du sol. 

3  L’immigration comme en Europe s’est développée en Allemagne pour en arriver à des taux supérieurs à la France. En 2010 (OCDE) les immigrés représentent 12,9% de la population en Allemagne contre 11,1% en France.

La population étrangère représente 8,8% en Allemagne et 5,5% en France.

Les problèmes d’intégration (Turcs) bien que différents sont aussi aigus dans nos deux Pays.

 

C    L’INDIVIDUALISME D’ENTREPRISE ? 

1   Les corporations de métier qui structurent les relations sociales et économiques (établissement des salaires des ouvriers, le prix des produits) ont été décapitées en France à la Révolution encore imprégnée d’un libéralisme politique et entrepreneurial (Locke, A Smith…) les accusant d’étouffer l’innovation et la fluidité de la concurrence.

Deux Lois vont leur être fatales la Loi d’Allarde et Le Chapelier (1791) anéantissant les corporations face aux premières revendications salariales des ouvriers. Ce n’est qu’un Siècle plus tard qu’elles seront levées.

Deux conséquences majeures : ces Lois ont limité toute forme de coopération inter-entreprises au niveau des branches d’activité, elles ont tendu les relations ouvriers, patronat. 

L’Allemagne n’a pas connu ces interdictions expliquant les fortes organisations professionnelles de branche. Les conventions collectives non conflictuelles sont dues à la préexistence des structures collectives patrons ouvriers des corporations décapitées en France. La forte représentation des salariés dans les syndicats en est une des conséquences.

Les négociations  de branche consensuelle permettent des accords pour toutes les Entreprise sur une durée de 2 à 3 ans défendant la compétitivité –cout de l’industrie en mai tenant un haut niveau d’emploi avec une modération salariale. Cependant quelques patrons allemands peuvent quitter les syndicats de branche posant des problèmes d’avenir consensuel.

En France les négociations collectives ont poussé à la hausse des salaires uniquement limitées lors d’un fort chômage. Le dernier « pacte de compétitivité emploi » français permettra à quelques Entreprise de déroger temporairement aux accords de branche. 

2  Les liens inter entreprise : Des organisations professionnelles de branche (par ex. dans le secteur des biens d’équipement ) ont permis des regroupements d’experts spécialisés animant des groupes de travail interentreprises permettant des financements privés de la recherche représentant 1,7% du PIB allemand contre 1,1% français.

Ces coopérations ont permis la croissance des Entreprises de tailles intermédiaires avec une mutualisation des moyens, présentes sur tous les marchés mondiaux.

Les politiques industrielles françaises étatiques sont plus lourdes et plus instables. 

3  la gouvernance des Entreprises : En France le système élitiste lie aux grandes écoles de la République  tient écarté des décisions les salaries (amélioré  par la présence au CA de salaries dans le pacte de compétitivité)

En Allemagne structure duale avec des règles strictes  induisent une  » co gestion  » avec les salaries par l’approbation de  projets pour l’Entreprise touchant aux intérêts des salaries a tout niveau. Le CE  est obligatoire à partir de 5 salaries mais pas de délégués syndicaux, en France à partir de 50 salaries.

Pour les grandes Entreprises il y a des conseils de surveillance et un directoire avec avis des salaries.

En France le CA quelque peu aux ordres du PDG hégémonique ont engendre des décisions catastrophiques.

La France serait plus porte sur l’actionnariat du salarie, de fait rare et plus risque pour le salarie. 

Le poids institutionnel des représentants de salarie ôtent toute relation de type autoritaire, informe les patrons du réel du fonctionnement  de l’Entreprise (a permis de ne pas licencier en crise et négocier les salaires et heures de travail récupérés a la reprise de croissance) .ils assurent une fidélité à l’Entreprise des salaries.

La co gestion a ses revers les chefs d’Entreprise peuvent être tentes de corrompre par l’octroi d’avantages les représentants des salariés. 

4  Les sources de financement des Entreprises : Industriels et  banquiers et sont souvent associes ces derniers assurant des crédits (souvent associes au capital)  rendant les Entreprises moins soumises aux pressions des actionnaires comme chez nous. L’internationalisation des Entreprises a obligé celles-ci à diversifier leur financement. Les lois des années 1990 instituant des contrôles de transparence ont éloigné banque et Entreprises.

Le capital familial reste important (VW, Bosch). 

 

D  LA DESINFLATION COMPETITIVE AUX CAUSES HISTORIQUES. 

Depuis la seconde guerre mondiale dirigeants et syndicats allemands se sont entendus pour maintenir la  compétitivité cout des Entreprises par une politique de desinflation.C’est  l’´après guerre 14-18 et les dures périodes d’hyper inflation qui ont appauvri l’Allemagne guérie par l’introduction d’une nouvelle monnaie ( Reich mark) en 1923 sans avoir perdu tous les patrimoines financiers dont se souviennent les Allemands.

En 1948 introduction d’une nouvelle monnaie le DM deutsche mark imposée par les allies avec un taux de change défavorable par rapport au Reich mark provoquant une seconde perte des patrimoines financiers.

Depuis lors la jeune République fédérale se pourvoit d’une banque centrale ayant pour mission de maitriser l’inflation. Dès les années 1960 l’inflation était de moitié en Allemagne / France.

Ce gout pour la désinflation consensuelle au sein de la société allemande a permis la modération des couts salariaux ainsi non ré indexe tandis que les autres pays étaient obliges de dévaluer leur monnaie. 

La France a souvent privilégié l’inflation. Mais la rigueur des années 1983 a ramené la France sur les chemins vertueux de la maitrise de l’inflation par des dévaluations successives. 

L’introduction de l’euro en 2000 a bloqué tout ajustement de taux de change. L’Allemagne poursuit sa politique de désinflation et baisse des dépenses publiques sous le gouvernement de G. Schroeder pénalisant ses partenaires européens par une moindre consommation intérieure et des excédents extérieurs en augmentation, résultats contribuant à creuser les déficits des autres partenaires européens pénalises car ne pouvant ajuster le taux de change.

 

E   SOCIOLOGIE HOMME/ FEMME 

 1  Le succès industriel allemand repose sur une  vision traditionaliste de la société et des rapports homme femme ou celle-ci  est cantonnée au foyer mais par l’émancipation des années 68 occupe des postes (temps partiel +++) avec des salaires encore plus bas et inégaux qu’en France. Les écarts se creusent.

On perçoit le rapport entre le choix de la femme allemande d’être mère de famille ou salariée et le faible taux de natalité. La mise en crèche de l’enfant est mal perçue d’où le faible investissement public dans ce domaine.

Cette subordination des femmes salariées allemandes se reproduit au niveau des chefs d’Entreprise femme et de la haute fonction publique. 

En politique la représentation féminine est dans la moyenne basse européenne mais loin la représentativité nord européenne social-démocrate.  

3   Des diplômes : le rôle majeur  de l’apprentissage est lie au marché du travail.

Les métiers industriels (manuels) sont très valorises par rapport à la France. Ils permettent dans le cadre de l’apprentissage de nombreuses possibilités de promotions internes avec un haut niveau technique. Mais     La crise n’offre plus autant d’opportunités.

Mais la faiblesse de la démographie et la médiocre intégration des enfants d’immigrés  poseront des problèmes à terme.

La scolarisation qui était une haute exigence a diminué avec la baisse des déficits publics pouvant causer des problèmes à moyen  terme.

Un manque d’ingénieurs au profit des carrières juridiques et commerciales se précise. 

En France les résultats médiocres scolaires tentent d´être améliorés avec de nouveaux plans sans grands moyens

Cependant les jeunes chômeurs  des 15 -24 ans  représentent 8,6% en Allemagne contre 22,1% en France.

Nos grandes écoles qui figent les carrières et nos systèmes de caste sont un handicap bien Français. 

En Allemagne les cadres sont formes dans les Universités, on observe peu de mobilité sociale dans les Entreprises. 

 L’’avance écologique : Le romantisme allemand a développé le gout pour la nature et l’écologie s’est insinue  très tôt dans l’industrie .par sa haute densité de population un rapport l’espace urbain, l’activité industrielle et l’environnement naturel s’est très vite pose. L’intensité énergétique de son PIB est nettement inférieure à celui de la France.

Malgré une électricité moins chère par l’amortissement de nos centrales nucléaires les Français consomment beaucoup plus d’électricité que les Allemands. Malgré une industrie supérieure en Allemagne nous  consommons plus de CO 2. Notre part de production à partir d’énergies renouvelables est la plus faible en Europe. 

5  refus de l’étatisme tant pour le nucléaire que pour l’économie contrairement à la France ou l’idéologie de l’Etat tout puissant est gage d’indépendance nationale et d’égalité. 

 

F     UN PAYS LIBERAL OU SOCIO DEMOCRATE  ? 

En réaction à l’étatisme nazi, l’Allemagne s’est reconstruite à partir d’écoles libérales conservatrices bien que sans tradition économique et politique  libérale contrairement à l’Angleterre et la France.

Les théoriciens allemands du 19ème  ont développé des théories allant au-delà du libéralisme (M Weber, Simmel, Sombart).

L’Etat est faible avec un emploi public beaucoup plus restreint que le nôtre.

L’Allemagne est profondément conservatrice et Guillaume Duval vous invite à poursuivre par la lecture de son livre passionnant l’évolution politique de ce Pays.

L’auto organisation de la société allemande permet de limiter les interventions de l’Etat l’équilibre économique des länder limitent aussi son intervention. 

On le voit l’Allemagne est un pays très diffèrent du notre. Mais il est ainsi de tous nos partenaires Européens. On peut copier une idée, une recette mais on ne fera jamais de l’Allemagne un modèle ou contre modèle. La force du politique sera de mettre en exergue dans la future constitution les points qui nous rassemblent et de pointer les particularismes in conciliables.  

La construction européenne indispensable à notre croissance commence par le : connaissons nous nous même, sans psychanalyse mais sans complaisance.

Puis par l’approfondissement de nos curiosités envers les autres peuples européens.

Enfin par la construction urgente d’une Europe politique seule garante de la  pérennité, pour garantir une paix durable, accroître notre tolérance et nos connaissances.,nos performances économiques et progrès éthiques en politique.

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G DUVAL

 

 

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