A droite, le dilemme de l’après-23 avril …F. Fressoz

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Avr 052017
 

A droite, le dilemme de l’après-23 avril …

CHRONIQUE PAR FRANÇOISE FRESSOZ  « Le Monde » du  3 04 2017

L a rencontre a fait jaser, et pour cause : Christian Estrosi est un sarkozyste historique, un pilier de la droite dans le Sud-Est. Samedi 1er avril, le président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) n’en a pas moins reçu dans son bureau, à Marseille, Emmanuel  Macron qui tenait une réunion publique dans la ville et avait sollicité l’entretien. En apprenant la nouvelle, François Fillon a ri comme s’il s’agissait d’un poisson d’avril. Eh bien non, ce n’était pas une blague. Plutôt le geste subliminal d’un homme qui ne croit plus à la victoire de son camp et est train de s’affranchir du clivage gauche-droite, en projetant son histoire locale sur la scène nationale.

La droite coupée en deux

Christian Estrosi  est l’un des deux présidents de région élus en décembre 2015 contre le Front national après avoir bénéficié du retrait du candidat socialiste. L’expérience l’a visiblement marqué. Dans un livre d’entretiens publié en février et intitulé Il faut tout changer ! (édition Albin Michel, 288 pages, 14,99 euros), l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy juge « le clivage droite-gauche au mieux inopérant, au pire nocif ». Il décrit l’élection présidentielle de 2017 comme un affrontement entre « réformateurs et conservateurs » et la présente comme le rendez-vous de « la dernière chance contre l’extrême droite ».

Parmi les réformes urgentes à entreprendre, il cite « celles du marché du travail et du dialogue social ainsi que du système de retraites ». On comprend, à le lire, que si Emmanuel Macron se qualifiait au premier tour de l’élection présidentielle, dimanche 23 avril face à Marine Le Pen, il n’éprouverait aucune difficulté à le rallier, lui qui, le 5 mars, avait demandé à François Fillon, en pleine tourmente judiciaire, de retirer sa candidature. Christian Estrosi ne représente évidemment pas tous les sarkozystes. La plupart des fidèles de l’ancien président de la République – François Baroin, Luc Chatel, Laurent Wauquiez… – soutiennent et entourent le candidat de la droite. Eric Woerth a d’ailleurs publiquement désavoué dimanche le président de PACA en jugeant « saugrenu » le rendez-vous de Marseille qui risque, dit-il, de « troubler les électeurs ». Mais Christian Estrosi exprime tout haut ce que, à droite, beaucoup pensent tout bas : la présidentielle, qui était imperdable, est sérieusement compromise si bien que les calculs se concentrent désormais sur l’après : faudra-t-il, en cas de défaite, privilégier le désistement républicain pour contrer le Front national ou défendre le « ni-ni » pour préserver un éventuel rebond de la droite aux élections législatives ?

A chaque fois que le dilemme s’est posé, la droite a tangué, littéralement coupée en deux. Dans un entretien au Journal du dimanche, Laurent Wauquiez penche clairement pour la deuxième solution lorsqu’il déclare : « Ne sous-estimez pas la colère et la frustration de la droite si elle se fait voler cette élection à l’issue d’une campagne qui aura été escamotée. Elle saura se remobiliser pour prendre sa revanche. » Ce n’est à l’évidence pas dans ce schéma que se place Christian Estrosi. La rencontre de Marseille servait aussi à le dire.

Chronique de Françoise Fressoz extrait du Monde du 3 /04/2017

L’hypothèse Macron : un deuxième quinquennat de Hollande, en pire…

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Mar 202017
 

« Contrepoints »

edito du 30 JANVIER 2017

L’hypothèse Macron : un deuxième quinquennat de Hollande, en pire

Même si dans les médias, les petits papiers acides s’empilent sur Fillon, toute l’actualité ne peut pas être dominée par ses déboires. Dans les « chiens écrasés », on peut certes combler avec quelques entrefilets navrants sur la primaire de gauche qui désole une partie des Français et endort passablement l’autre, mais cela laisse encore pas mal de place. Pourquoi ne pas alors s’étaler en publicité créative pour Emmanuel Macron ?

Pensez donc ! Il a tout pour plaire, le brave petit : il est jeune, il est mignon avec sa coupe de cheveux bien peignés et son petit côté premier de la classe ! Avec cette allure, il ravit les ménagères de moins de 50 ans et fait rosir les joues des grands-mères. Et quand il parle, il susurre des petits mots doux et ces phrases qui caressent le poil de tous dans le bon sens ! Pardi, il est anti-système, est sans parti, et veut évidemment renouveler la vie politique avec une organisation différente, de vraies idées qui changent !

Bon, certes, lui aussi comme Fillon semble un peu empêtré dans des histoires de fonds utilisés comme il n’aurait pas dû, à la différence évidente que lui, au moins, est un peu plus de gauche que son opposant, vilain conservateur catholique dont le programme, ultra-violent, mérite l’opprobre de la presse. Ceci expliquera sans doute l’écart de traitement médiatique et judiciaire de l’un par rapport à l’autre.

En définitive, la presse fait feu de tout bois pour détruire consciencieusement Fillon. Force est de constater qu’elle n’a d’ailleurs pas beaucoup d’efforts à mener tant le pauvret, gérant mal la pression, s’embourbe encore plus de lui-même. A contrario, la même presse a ouvert toutes les vannes de ses torrents de câlins les plus chaleureux pour Macron. Dans la bouche de certaines de ses figures de proues les plus émotionnellement chargées, Manu l’Énarque se retrouve propulsé en véritable icône des temps modernes quitte à être comparé à Barack Obama.

Du reste, si l’on écarte deux minutes le grotesque de la comparaison, on pourra se rappeler qu’Obama n’a jamais été autre chose qu’un socialiste tout ce qu’il y a de plus traditionnel, avec toute la panoplie complète depuis la tendresse immodérée pour les déficits publics, l’augmentation des taxes, impôts et ponctions tous azimuts et les grands projets sociétaux clivants. À ce titre, Macron lui emboîte effectivement bien le pas, empilant chaque jour, de tweets en déclarations, les propositions et idées toutes plus socialistes les unes que les autres. Sa récente saillie sur le « pass culture » à 500 euros pour les jeunes, dégoulinant de démagogie et de putasserie électoraliste typique de ce système dont il prétend pourtant ne pas faire partie, est un exemple aussi consternant que frappant de l’abandon en rase-campagne de toute velléité de libérer la société française de ses carcans collectivistes.

Cette gauchisation pépère du discours de Macron et l’introduction de bonnes grosses doses de redistribution grasse dedans ne doit rien au hasard : tout le monde comprend que les primaires du PS, exercice mortifère s’il en est, aboutissent à la désignation d’un utopiste collectiviste complètement hors sol. Son élimination dès le premier tour ne fait plus guère de doute et ne laissera donc personne à part l’énarque aux dents longues comme solution de repli.

Ceci explique assez bien la vague discrète mais de moins en moins timide de soutiens et de ralliements en douce de tant de la part de députés du rang que des ténors d’une gauche complètement éparpillée.

Eh oui : « la chose » de Hollande, la montgolfière Macron, gros ballon plein d’air chaud zigzaguant par la seule force des vents d’opinion alentours, semble le seul recours des socialistes de gouvernement, qui ne trouveront à peu près nulle part ailleurs de candidat capable de leur fournir une chance crédible de mandat supplémentaire ou d’un éventuel maroquin. Plus les semaines avancent, plus s’afficher ouvertement avec le PS deviendra une gêne politique voire un handicap face aux candidats des gauches plus ou moins extrêmes qui, n’ayant aucune chance d’aboutir au pouvoir, n’auront aucun mal à jouer la surenchère démagogique.

Même l’inconnue incarnée pour le moment par Marine Le Pen ne semble pouvoir rivaliser avec le jeunot. Et quoi que puissent en penser beaucoup, en cas de second tour contre lui, elle aurait contre elle cet immense blob mou d’un centre sans colonne vertébrale idéologique, prêt à tout pour ne surtout pas voter pour elle, et ne lui permettant de toute façon pas d’envisager, même de loin, un rassemblement d’au moins 15 millions de voix sur son nom, barrière fatidique dans une élection présidentielle.

En somme, si l’hypothèse « Fillon président » tenait la corde il y a encore un mois, celle qui verrait Macron à l’Élysée devient chaque jour plus crédible. Les Français, économiquement incultes, bercés d’illusions socialistes depuis 40 ans, complètement déboussolés et orphelins de tout candidat crédible, sont prêts à se jeter sur n’importe quel aventurier approximatif qui peut faire semblant d’être différent pour rafler la mise.

Malheureusement, dans cette hypothèse, les différences idéologiques de « la chose » de Hollande avec son créateur sont si ténues qu’on sait déjà à quoi ressemblerait un quinquennat Macron : une véritable quadrature du cercle pour obtenir une majorité parlementaire et l’évidente fragilité de son gouvernement (d’Union Nationale For The Lol), une navigation à vue sur chaque sujet d’actualité (« le changement, c’est tout le temps ! »), une avalanche de mesurettes et de bricolages minuscules d’impact indéfini, et surtout la prolongation des politiques sociales-démocrates en diable qui n’ont fait qu’enfoncer le pays sur les cinq dernières décennies.

Edito du « contrepoint » du 30 Janvier 2017